Madame Michu & Monsieur Toutlemonde

By 7 mars 2019 Non classé

A chaque présentation de noms, s’ajoute aux responsables du projet un étrange personnage que tout le monde pense connaître par coeur : Madame Michu.

Qu’il s’agisse de trouver le nom d’un yaourt, d’un parfum ou d’un procédé ultra complexe pour le compte d’une Start Up, peu importe, il y a toujours un moment où une bonne âme s’en réfère à cette muse du marketing: « Il est bien ce nom mais est ce que Madame Michu comprendrait de quoi il s’agit ? » Et voilà d’un coup d’un seul que Madame Michu se retrouve propulsée juge hautement qualifiée de toutes les recherches de noms de la galaxie.

Madame Michu, c’est l’oracle de Delphes des temps modernes. Celle dont on fantasme l’opinion, que l’on redoute une fois que toutes les études ont démontré que le nom faisait le job. Elle est l’avatar d’un prétendu bon sens, d’une volonté que le nom parle seul, sans artifices. Madame Michu c’est Mère Denis qui vous affirme que « ça c’est vrai ça ». Mais la plupart du temps, elle est l’alibi parfait du doute et du manque d’arguments pour justifier sa crainte de mal faire, de choisir le mauvais nom.

Ce personnage si pratique est appelé à la rescousse quand le rationnel cède sa place à la peur du vide. Et l’on oublie alors que Madame Michu n’est peut être pas la cible. Après avoir détaillé par le menu à quels personas l’offre s’adressait, d’un coup d’un seul les responsables du projet oublient tout. Madame Michu c’est du sur, tout le monde et personne à la fois.

Mais derrière ce bon sens incarné se cache une forme de condescendance. Parce qu’au fond, après avoir fait le tour de table des experts, de ceux qui comprennent le sens des noms qu’on leur explique, Madame Michu devient la figure basique, l’épouse de Monsieur Toutlemonde, ce couple de crétins à qui il va bien falloir parler simplement parce qu’il n’ont pas le temps de cerveaux disponibles pour bien capter le sens du nom. Et c’est à ce moment précis que le doute s’empare de la salle de réunion vitrée, que chacun se demande si finalement il ne faudrait pas un nom très « premier degré ». C’est à cet instant que le juriste fait un AVC d’angoisse parce que tous les noms « premier degré » sont déjà déposés.

Pendant ce temps Madame Michu et Monsieur Toutlemonde rêvent de vacances sur une île sans tentations en espérant qu’une fois là bas personne ne leur demandera leurs avis, qu’ils y couleront des jours heureux en sirotant un Coca Cola sans se demander s’il contient de la cocaïne, dans un Starbucks dont il ne savent pas ce que veut dire le nom, et en achetant un paréo fluo chez Zara sans jamais penser que cela évoquerait sans doute Zorro aux experts de la salle de réunion vitrée.

Next Post